22.02.2007
Sardines
Calcul idiot (quoique...)
J'ai une classe à 35 élèves. J'estime les dimensions de la salle à 10m x 5 m, soit une superficie de 50m2.
Donc une densité de 0,7 élève / m2.
Au km2 ça fait 0,7 x 1 000 000 = 700 000 habitants / km2. En supposant que ma salle fait le double en superficie, on arrive quand même à 350 000 habitants / km2.
À Monaco (record du monde pour les pays) c'est un peu plus de 16 000 hab / km2. À Pékin - centre c'est un peu plus de 34 000. Dans certains quartiers de Hong Kong on dépasse les 100 000...
Et j'ai déjà eu 29 élèves dans une classe de moins de 50m2...
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09.02.2007
Fisher king
Tiens, ça faisait longtemps !
Ben vi, mes falaises sont restées de marbre, malgré une tempête de copies qui en ont érodé les fondations et bien failli les effondrer (ça se dit ça ?). Pendant tout ce temps, j'ai ramé, ramé, submergé par d'énormes paquets de devoirs qui s'abattaient de tous côtés sur mon bureau. Bon, je vais y gagner cet air buriné du prof d'expérience, calme et droit dans les embruns, soudé à la barre, à la recherche de la composition mythique, bien écrite, réfléchie, informée et tout et tout, le Moby Dick des Bacs blancs.
Ce n'est pas une pêche facile, ça mord pas à tout les coups, les campagnes sont longues et y'a du déchet. Les belles prises, c'est pas comme les autres, ça se déplace pas en bancs. Faut jeter son filet, prendre ce qu'on peut et après trier. Ça c'est du boulot, 15 à 20 mn par spécimen au moins, plus pour ceux qui se laissent pas saisir facilement. Le pire c'est l'entre-deux, le comestible mais sans plus : on prend ou non, on sait pas trop quoi en faire, faut lutter pour saisir, c'est plein d'arêtes, ça peut rester en travers de la gorge. Le gros du banc, quoi ! Le menu fretin, c'est vite circonscrit, on sait à force où il se cache, c'est facile à débusquer. La grosse prise aussi, avec de l'entraînement on connait les coins, on est rarement déçu mais parfois y'a des surprises, ça dépend des saisons et de l'appât, ça les attire pas toujours.
Là je sors d'une grande campagne hauturière, presque une quarantaine de prises, des Terminales en liberté, du lourd normalement, surtout à cette période de l'année, ça commence à être la saison, on les a nourris tout l'hiver et hop, sortis d'élevage, tout de suite le grand bain ! Ça avait l'air copieux mais en fait même pas une dizaine de robustes (même pas cinq je crois), z'ont vraiment pas aimé les appâts, ou l'hiver a été rude, ou ils n'étaient pas prêts, beaucoup d'alevins mal développés, y z'ont pas profité, y sont encore un peu jeunes...
La haute mer c'est rude, c'est plus le confort douillet des bassins, et c'est pas encore la vraie épreuve, les grosses vagues, la houle et les courants, ça c'est pour juin et le pêcheur il est autrement redoutable, il vient d'ailleurs, il connaît pas les bancs, il a d'autres habitudes, il peut même être retors...
Comment ça, il est pas frais mon poisson !?
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08.11.2005
"... l'enfant grandissait, se développait et se remplissait de sagesse..."
Ainsi donc, pour résoudre les problèmes des banlieues, on mettra en apprentissage dès 14 ans les enfants qui ne suivent pas à l'école... et des bourses au mérite pour les meilleurs (histoire qu'on ne pense pas que pour le Premier Ministre tous les jeunes de banlieues sont en échec scolaire). Fin du collège unique, retour à de vieilles méthodes. Les patrons les dresseront ?
Au fait, le travail des enfants est interdit avant 16 ans (voir les contrats de travail) et l'école obligatoire jusqu'à 16 ans; et, à les entendre à la tv, le problème est justement qu'ils ne trouvent pas de travail, ni même de stages, ni même d'employeur dans le cadre de... l'apprentissage.
10:25 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.09.2005
"Je suis celui qui suis."
La fiche que je donne à mes élèves est moins originale que celle de cdh :
Fiche de renseignements
Nom ? G****
Prénom ? cloran
Classe ? 2de et Terminales cette année
Quel est votre livre préféré ? (Pour quelles raisons…) Je répondrais bien Sur les Falaises de Marbre, mais il y en a plus d'un.
Quel est votre film préféré ? (Pour quelles raisons…) La trilogie du Parrain, et je ne sais pas pourquoi.
Quelle série télé aimez-vous ? (Pour quelles raisons…) Les Experts parce que sciences + enquêtes.
Quel est votre plat préféré ? Il y en a trop... j'aime beaucoup les desserts.
Quel plat savez-vous préparer ? Le sikbâj, un plat sassanide (ça en jette plus que perse quand on le pose sur la table !) à base d'agneau, de vinaigre et de fruits secs.
Quel est votre lieu préféré ? Venise
Avez-vous Internet ? Oui
Avez-vous un ordinateur ? (Mac ou PC ?) Deux Mac
Quelle est votre passion ? Lire, le cinéma.
Pratiquez-vous une ou des activités en dehors de l’école ? du sport.
Citez les villes dans lesquelles vous avez vécu (même un peu, même étrangères). Paris, Londres, Lübeck, Munich, Heidelberg, Göttingen, Houilles, Mantes, Florence, Venise, Rome, Sorrento, La Bourboule, Madrid, Vienne, Inverness, etc. mais c'était surtout pour les vacances.
Dans quel autre pays aimeriez-vous habiter ? (Pour quelles raisons...) L'Italie (l'Autriche et l'Allemagne aussi, peut-être même le Japon)
Avec quel métier aimeriez-vous vivre ? J'aimerais vivre avec une personne plutôt qu'un métier.
Combien connaissez-vous de secrets ? Plusieurs
Savez-vous faire un tour de magie ? Non, ou j'ai oublié.
Quel est votre plus grand regret ? Et votre plus petit ? L.
Avez-vous des problèmes particuliers qui vous gênent pour travailler ? La flemme.
Quelle est la treizième lettre de l’alphabet ? Aime.
Souhaiteriez-vous devenir célèbre ? (oui ou non, pour quelles raisons…) Si c'est pour une bonne raison, pourquoi pas ? Pas plus que ça a priori.
Souhaitez-vous maintenant me poser une question par écrit ?
Un mot pour vous définir ?
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02.09.2005
"Laissez venir à moi les petits enfants..."
C'est la rentrée !
Même avec de l'expérience (plus d'une dizaine de rentrées), ça reste mise sous tension, angoisse diffuse, réveil à 5h quand on débute à 9h... Puis les réflexes reviennent vite, un peu comme au vélo... les explications habituelles... Ils sont tendus, entrer en seconde c'est visiblement angoissant et déboussolant... ils sont petits... ils sentent déjà que ce n'est plus le collège, qu'ils sont entrés dans un autre monde, plus vaste, moins sécurisant...
On s'observe, mine de rien... Des sourires quand même en dernière heure de l'accueil, quand on plaisante pour détendre l'atmosphère... C'est plutôt bien parti !
17:36 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.08.2005
"... et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence..."
Du grand historien Marc Bloch, écrit en 1943 et toujours d'actualité en cette pré-rentrée
"Un mot, un affreux mot, résume une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage. C’est certainement dans l’enseignement primaire que le poison a pénétré le moins avant : sans l’avoir, je le crains, tout à fait épargné. L’enseignement secondaire, celui des universités et les grandes écoles en sont tout infectés.
« Bachotage. » Autrement dit : hantise de l’examen et du classement. Pis encore : ce qui devait être simplement un réactif, destiné à éprouver la valeur de l’éducation, devient une fin en soi, vers laquelle s’oriente, dorénavant, l’éducation tout entière. On n’invite plus les enfants ou les étudiants à acquérir les connaissances dont l’examen permettra, tant bien que mal, d’apprécier la solidité. C’est à se préparer à l’examen qu’on les convie. Ainsi un chien savant n’est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir. « Vous serez certainement agrégé l’année prochaine, disait naïvement un juge d’agrégation à un de mes étudiants, cette année, vous n’êtes pas encore suffisamment formé au concours. » Durant les vingt dernières années, le mal a fait d’épouvantables ravages. Nos étudiants de licence trébuchent désormais de certificat en certificat. Depuis la révolution nationale, on n’entre plus au barreau sans un examen supplémentaire. Des lycées ont organisé, interrompant pour cela la suite régulière des études, un « pré-baccalauréat ». Dans les librairies médicales de Paris, se vendent, toutes faites, les questions d’internat, qu’il n’y a qu’à apprendre par cœur. Certaines institutions privées ont découpé les programmes sujet par sujet et se vantent d’un sectionnement si juste que la plupart de leurs candidats ne tombent jamais que sur des questions ainsi traitées et corrigées. Du haut en bas de l’échelle, l’attraction des examens futurs exerce son effet. Au grand détriment de leur instruction, parfois de leur santé, d’innombrables enfants suivent trop jeunes des classes conçues originairement pour de plus vieux, parce qu’il faut éviter à tout prix le retard éventuel qui les amènerait plus tard à se heurter aux limites d’âge de telle ou telle grande école. « Tous nos programmes scientifiques d’enseignement secondaire, me disait un physicien, sont conçus en vue de celui de Polytechnique. » Et, dans les lycées ou collèges, les perpétuelles compositions entretiennent moins encore l’émulation, d’ailleurs mal comprise, que l’aptitude au travail hâtif, dont on verra plus tard nos misérables adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauffées.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’une pareille manie examinatoire. Mais ses conséquences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance ; une sorte de tremblement perpétuel et de hargne, là où devrait au contraire régner la libre joie d’entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse être la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu’on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enquête de Piéron et Laugier, si savamment étouffée par les chefs de l’Université : d’un correcteur à l’autre, d’un jour à l’autre, elle a révélé des plus inquiétantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on « copie » dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d’examen, on copie beaucoup plus fréquemment et avec beaucoup plus de succès que les autorités ne veulent officiellement l’avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des âmes probes. Je consens même qu’elles soient nombreuses. Elles y ont du mérite. « Faut-il que tu aies bien copié » : ainsi un élève de ma connaissance, qui venait d’être premier et l’avait été honnêtement s’entendait interpeller, sur un ton d’atroce admiration, par un de ses camarades. Est-ce dans cette atmosphère qu’on forme une jeunesse ?
J’ai dit que je ne pouvais présenter ici un programme détaillé de réforme. Il sera délicat à établir. Certaines condamnations à mort s’imposent. Qui croit encore au baccalauréat, à la valeur de choix, à l’efficacité intellectuelle de cette aléatoire forcerie ? Bien entendu, divers procédés de sélection demeureront, cependant, nécessaires ; mais plus rationnellement conçus et en nombre désormais suffisamment restreint pour que la vie de l’écolier ou de l’étudiant cesse d’être enfermée dans une obsédante répétition d’épreuves. je me contenterai, pour l’instant, d’une suggestion très simple de d’application dès l’abord aisée.
J’ai, comme tous mes collègues, corrigé des copies, interrogé des candidats. Comme tous, je me reconnais sujet à l’erreur. M’arrive-t-il cependant de confondre une très bonne épreuve avec une très mauvaise, ou même avec une épreuve moyenne ? Assez rarement, je pense. Mais, lorsque je vois un examinateur décider que telle ou telle copie d’histoire par exemple ou de philosophie ou même de mathématiques, cotée sur 20 vaut 13 1/4 et telle autre 13 1/2, je ne puis en toute déférence m’empêcher de crier à la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de précision l’homme dispose-t-il donc qu’il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2% la valeur d’un exposé historique ou d’une discussion mathématique ? Nous demandons instamment que — selon l’exemple de plusieurs pays étrangers — l’échelle des notes soit uniformément et impérieusement ramenée à cinq grandes catégories : 1 ou « très mauvais », 2 ou « mauvais », 3 qui sera « passable », 4 qui voudra dire « bien », 5 qui voudra dire « très bien » (non « parfait », qu’interdit l’infirmité humaine). Cela du moins partout où les ex æquo sont sans inconvénients. Il faudra faire étudier à un mathématicien le problème des concours à places limitées. Mais là encore, il doit être possible de se garder de raffinements trop poussés, dont l’absurdité ne nous échappe que par suite d’une trop longue accoutumance. Tout vaut mieux qu’une sottise, qui se prolonge en injustice."
Plus de précisions ici
22:32 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
"... il se mit à chasser les vendeurs et les acheteurs..."
Bientôt la rentrée, les marronniers fleurissent dans les journaux télévisés...
Voici venu le temps des reportages sur le coût de tout cela pour les familles, des images de bambins dépensiers et de parents économes dans les grandes surfaces, des calculs sur l'allocation "de rentrée" insuffisante, et surtout des listes, des listes extravagantes (au moins jugées comme telles par les familles) de fournitures scolaires différentes selon les enseignant(e)s.
Terribles images de cette rentrée dans un monde d'exigences contradictoires, de normes variables, cahiers à petits carreaux, grandes feuilles à grands carreaux, blanches, roses, vertes, stylos, bics, stylo-plume, crayons gras ou non, craies ou non, etc. Les reportages, les familles n'y voient que lubies dépensières, pas toujours à tort. Mais il y a autre chose.
Se soumettre aux listes, c'est déjà se soumettre à un ordre et une autorité qui n'expliquent pas leurs fins.
Les enfants l'ont confusément senti, la liste "c'est ce que veut la maîtresse ou le (la) professeur(e)", la liberté (son illusion) c'est le sac, la trousse, le taille-crayon rigolo, les stylos fluorescents, la tenue vestimentaire. Au moins cette autorité lointaine de la mode et des marques est familière, ses fins sont connues des parents. L'enseignant c'est plus proche, il sanctionnera peut-être si la liste n'est pas suivie. Lui demandera-t-on le pourquoi des feuilles roses ou du classeur plutôt que du cahier (la réponse sera sans doute pédagogique), et pourquoi ses collègues font autrement ? Après tout, peut-être que la matière semble d'autant plus difficile (sérieuse ?) que la liste est longue... ne juge-t-on pas l'ouvrier à ses outils ?
Ai-je, suis-je de ces enseignants à listes ? Il ne me semble pas... j'espère bien que non, réflexion faite.
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25.08.2005
"Quand il ouvre les mains il se réjouit..."
C'est bientôt la rentrée : les cadeaux pleuvent...
Le souriant ministre de l'Éducation Nationale, Gilles de Robien, redécouvre les emplois-jeunes que ses prédécesseurs avaient supprimés, comme le note Libération. Bon, 45 000 créations de postes, dira-t-on... en fait 20 000 nouveaux et 25 000 reconductions (les chiffres de l'article ci-dessus ne semblent pas exacts) pour 60 000 supprimés jadis, avec des contrats de 6 mois à 2 ans (les emplois-jeunes, c'était plus long, 5 ans il me semble, à vérifier). Bref du court terme... un mauvais esprit ne manquera pas, ceci-dit, de noter que ça conduit au plus tard en 2007. Ce qui fera un sujet (à défaut d'être un cadeau) de campagne présidentielle... Les critiques du "mammouth" disent toujours qu'un des gros défauts du ministère, c'est qu'il ne fonctionne pas comme une entreprise privée. Ben si, comme dans le privé il y a de plus en plus d'emplois précaires. Mais je ne m'explique toujours pas que les "pragmatiques" (synonyme de "non-idéologues" dans leur langue) qui nous gouvernent croient pouvoir le faire sans prévoir et sans inscrire l'action dans la longue durée...
En plus de Robien n'a pas d'argent : c'est son collègue Jean-Louis Borloo qui paye, souligne Emmanuel Davidenkoff, et qui fait une partie du travail que devrait assurer le budget de l'Éducation Nationale. Encore un méfait de la mondialisation : comme l'élevage des yearlings qu'on vend ces jours-ci à Deauville, la politique éducative est délocalisée !
"Devenez populaire, rejoignez le mouvement", qu'il disait...
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